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© eric – juin 2015


Considération européenne

jeudi 19 juin 2008, par eric

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Et voilà ! Après la « Constitution », le « Traité simplifié » est jeté au panier...

Surpris ? Pas vraiment : après cinquante ans pendant lesquels les dirigeants des pays de la Communauté ont régulièrement justifié leurs décisions anti-sociales par le « diktat » européen, tandis que la presse faisait — et fait encore — son fonds de commerce de la dénonciation systématique — et calomnieuse — des bureaucrates de Bruxelles « payés à ne rien faire, sinon harceler le pauvre peuple », il semble illusoire d’espérer une réaction positive de la « vox populi » qu’on invite de surcroît à voter sur des textes interminables et incompréhensibles.
Donc, le peuple souverain, en l’occurrence irlandais, pour la deuxième fois, interpelle ses dirigeants et les invite à revoir leur copie. La réussite de l’Europe, c’est que cette interpellation est adressée à tous les dirigeants européens, unanimité dans la ratification oblige.

Le message est clair, et il me semble que les « élites » — et les bureaucrates européens — devraient enfin faire l’effort de l’entendre et de le comprendre, s’ils veulent que la merveilleuse aventure européenne se poursuive :
a) Les laissés pour compte votent aussi.
b) Les propos abscons et compliqués n’ont jamais soulevé l’enthousiasme populaire : le message des pères fondateurs des Communautés européennes était clair et simple.
c) Le processus de la construction européenne est né de la réalisation qu’il y avait tout à gagner à pacifier les relations intra-européennes : du fait du caractère tumultueux de l’histoire des relations intra-européennes, chaque étape de ce processus est forcément modeste et demande de mener à bonne fin des négociations complexes : vouloir brûler les étapes provoque inévitablement une réaction de rejet.
d) Le processus européen peut avancer seulement si les négociateurs, qui représentent les états-membres, conservent à l’esprit que l’intérêt bien compris de leurs mandants respectifs exige la prise en compte de l’intérêt de leurs interlocuteurs, c’est-à-dire les intérêts respectifs de tous les autres états-membres : en bref, le maquignonnage tue l’Europe.
Sans vouloir épiloguer, il aurait mieux valu que le traité de Nice fût rejeté, comme le peuple irlandais, déjà, l’avait souhaité. Un traité d’élargissement moins maquignon, mieux rédigé, aurait certainement permis de faire l’économie des anecdotes calamiteuses que sont le rejet du traité constitutionnel et maintenant du traité simplifié.
e) La dialectique, le conflit, entre travail et capital sont loin d’être éteints : l’accroissement très rapide des inégalités sociales, mis en œuvre avec constance par les néo-libéraux depuis trente ans, qui lamine aussi les classes moyennes, empêche les gens de s’élever au-dessus des considérations matérielles quotidiennes. D’un côté les statistiques du chômage, de l’autre les « golden parachutes » des dirigeants.

Par ailleurs, il faudrait avoir l’honnêteté d’expliquer aux populations et parvenir à faire entendre, à faire comprendre que :
a) A part une action très efficace et bénéfique pour le développement harmonieux des régions européennes , la politique sociale, la répartition de la richesse nationale est la responsabilité seule et entière des gouvernements nationaux. Ceux qui accusent l’Europe de favoriser les disparités sociales sont de mauvaise foi.
b) La construction européenne n’a pas besoin de constitution ; elle progresse par la jurisprudence de la Cour de justice, fondée sur les traités existants. Cependant, il lui faut des institutions en état de fonctionner. La Commission, qui prépare le travail des autres institutions et veille à l’exécution des accords passés entre les états-membres et à l’exécution des décisions de la Cour de justice, n’est plus en état de fonctionner correctement depuis l’entrée en vigueur du traité de Nice. Il faut donc refondre les clauses institutionnelles dans un nouveau traité.
c) Cette refonte doit être préparée par les représentants des états-membres en s’inspirant de l’esprit qui a présidé à la préparation du traité de Rome, il y a plus de cinquante ans, à savoir que l’intérêt de chaque pays d’Europe passe par le respect des intérêts des autres pays européens. On retrouvera alors la modestie des fondateurs des Communautés européennes et, en toute vraisemblance, on obtiendra un ensemble plus riche que la somme des parties.

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